Société de Sauvegarde de la Forêt de Fontainebleau et de la Vallée de la Seine
Association loi 1901 RNA n° W774005423 JORF du 15 février 2014 p. 749
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Communiqué de presse du 13 juillet 2026
Les feux dévastateurs des Trois Pignons et de Fontainebleau en juillet 2026 :
les pins aggravent le risque incendie
l’augmentation programmée de l’enrésinement va dans le mauvais sens
La SSFFVS exprime sa profonde consternation et sa mobilisation morale face aux incendies majeurs qui ont ravagé, en juillet 2026, le massif des Trois Pignons et la forêt de Fontainebleau. Ces sinistres, qui ont parcouru plusieurs centaines d’hectares (jusqu’à plus de 800 ha selon les rapports), interviennent dans un contexte de canicule et de sécheresse extrêmes, avec fermeture préalable des secteurs à haut risque et mobilisation massive des pompiers, dont des moyens aériens exceptionnels.
Ces événements tragiques démontrent une fois de plus la vulnérabilité accrue de notre forêt emblématique. Ils confirment, preuves à l’appui, que les peuplements de pins (résineux) aggravent significativement le risque d’incendie par rapport aux feuillus.
La SSFFVS demande l'arrêt de l'enrésinement facteur d'aggravation des incendies.
Preuves scientifiques et observationnelles sur l’inflammabilité des pins
Les aiguilles de pin, riches en résine et terpènes, constituent un combustible hautement inflammable qui s’assèche rapidement et favorise la propagation rapide des feux, y compris en sous-bois et en cimes. Les litières de pins sont bien plus inflammables que celles des feuillus (chênes, hêtres). Des études confirment que les forêts de pins brûlent préférentiellement par rapport aux feuillus.
Dans le massif de Fontainebleau, les incendies se déclarent majoritairement dans les zones de chaos rocheux ou de résineux, où les aiguilles assèchent le sol et forment un « carburant » renouvelé en continu. Les associations locales, dont la SSFFVS et Sauvez la Forêt de Fontainebleau, interviennent régulièrement pour stopper l’enrésinement précisément pour cette raison.
Les pins créent des peuplements clairs favorisant le développement de sous-bois secs (« échelle à feux »), augmentant le risque de feux de cimes. À l’inverse, les feuillus comme les chênes maintiennent une humidité relative plus élevée et brûlent moins intensément.
Le dépérissement des pins sous sécheresse (déjà observé en 2019 et accentué par le changement climatique) laisse des bois morts très secs, hautement combustibles, aggravant les risques.
Ces faits ne sont pas théoriques : ils s’observent directement dans les conditions locales de Fontainebleau (sols sableux drainants, faible rétention d’eau) et sont corroborés par les interventions récentes des services de secours.
Le rapport de l’UICN pour le comité du patrimoine mondi al, 44e session élargie, 17-31 juillet 2021, Fuzhou (chine) soulignait les risques de cet enrésinement pour la classement UNESCO : "des pins sylvestres y ont été plantés qui sont encore dominants aujourd’hui et colonisent un secteur de l’élément proposé, remettant en question son intégrité. "
L’avis de la SSFFVS sur le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB) 2019-2029 et sur le plan d'aménagement de la FORET DE FONTAINELEAU ET DES TROIS PIGNONS : un enrésinement dangereux
En nous appuyant sur notre analyse détaillée du PRFB 2019-2029 d’Île-de-France (avis FAPVS77/SSFFVS du 23 août 2016, publié sur https://foret-de-fontainebleau.blogspot.com/2019/08/avis-sur-le-programme-regional-de-la.html), nous dénonçons depuis longtemps la volonté insidieuse d’augmenter l’enrésinement au détriment des feuillus, malgré les inconvénients reconnus.
Le PRFB lie cette orientation au marché du bois (demande en résineux pour la construction), tout en admettant les contradictions environnementales : « Néanmoins, ces derniers étant conformes à la demande du marché [...], il peut être bénéfique [...] d’introduire des résineux. Cela doit s’effectuer dans des conditions respectueuses de l’environnement » (PRFB p. 41). Pourtant, la littérature scientifique citée dans notre avis (notamment L. Augusto et al., Rev. For. Fr. 2000) souligne l’acidification des sols, la podzolisation et la dégradation de la biodiversité sous résineux – phénomènes amplifiés sur les sols pauvres et drainants de Fontainebleau.
Notre avis sur le plan d’aménagement de la forêt de Fontainebleau et des Trois-Pignons 2016-2035 montre une augmentation massive des pins au détriment des hêtres et chênes, transformant un massif historiquement feuillu en une forêt de pins introduits artificiellement au XIXe siècle. Cela va à l’encontre de la résilience écologique et paysagère.
En effet, la SSFFVS a découvert que l'enrésinement va se poursuivre jusqu'à atteindre la moitié des peuplements alors qu'il présente de graves inconvénients pour la biodiversité et la qualité des sols... On ne manquera pas de s’étonner de la position contradictoire de l’ONF qui d’un coté s’alarme de l’enrésinement du massif et de l’autre l’aggrave par son action.
Selon le plan d’aménagement, on constate en grande masse le recul très sensible des feuillus qui passent de 60, 7 % (11757 ha) à 49,3 % (8951,27 ha) au profit des résineux qui passent de 39,4 % (7647 ha) à 50,7 % (9200,15 ha).
En détail, le pin sylvestre devient la principale essence à 49,08 % (8913,52 ha, contre en 2018 : 34,67% soit 6 728 ha) alors qu'il faisait jeu égal avec le chêne sessile (34,40% 6651 en 2018) qui progresse néanmoins à 43,22% (7848,46 ha). La forêt devient une forêt de pins ce qu’elle n’a jamais été dans le passé, car le pin est une espèce qui a été introduite de manière controversée par Marrier de Boisdhyver sous la Monarchie de juillet, soit dans les années 1830…
Le grand perdant est le hêtre qui passe de 11,53% (2 237 ha) à 1,01% (182,74 ha) soit une perte de -92% (-2054,26 ha). Le chêne pédonculé est carrément supprimé des grandes masses (en 2018 : 8,24% soit 1598 ha).
L’augmentation programmée de l’enrésinement ne va pas dans le bon sens. Elle contredit les objectifs d’adaptation au changement climatique, de préservation de la biodiversité et de réduction des risques naturels. Les feux de juillet 2026 en apportent la tragique démonstration : plus de pins = plus de combustible sec, plus de propagation rapide, plus de dommages.
La SSFFVS appelle à :
- Un moratoire immédiat sur les plantations de résineux dans le massif et une conversion progressive vers des peuplements mélangés feuillus dominants (chênes, hêtres, espèces adaptées).
- Une révision du PRFB et des plans d’aménagement pour prioriser la futaie irrégulière, la diversité et la résilience face aux incendies et à la sécheresse.
- Une gestion exemplaire du massif, digne de son statut patrimonial, avec participation renforcée des associations et du public.
La SSFFVS reste mobilisée aux côtés des riverains, usagers et autorités pour défendre cette forêt irremplaçable. Nous demandons une enquête approfondie sur les causes et une refonte urgente des politiques sylvicoles.